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" Pas de réussite sans échecs " --- François VOITURON








by ENJE
Enseignement du jeu d'échecs à l'école

14 mai 2016

La Reine de Katwe




Mira Nair, née en Inde et installée à New-York est une réalisatrice de caractère.

En 2005, on lui propose de réaliser Harry Potter et l'Ordre du Phénix, un blockbuster promis à un large succès d'audience. Elle refuse. Et s'en retourne vers des films à thème (femmes modernes, immigration, . . . ).

En 1988, Mira Nair a reçu la Caméra d'Or au festival de Cannes pour un drame tourné dans les rues de Bombay.
En 2001, elle reçoit le Lion d'Or à la Mostra de Venise pour Le mariage des moussons.

Quel prix recevra Mira Nair pour sa dernière réalisation Queen of Katwe ?

Le film est inspiré par la vie de Fiona Mutesi, cette jeune Ougandaise des bidonvilles qui devient Championne d'échecs de son pays (junior).

Le rôle de Fiona est interprété par Lupita Nyong'o, actrice mexicaine-kényane, sacrée plus belle femme du monde en 2014 par le magazine People et Oscarisée la même année (meilleure actrice dans un second rôle).

Pour cette production Disney, Oncle Walt doit se retourner dans sa tombe en constatant une position impossible sur l'échiquier (à 1'10).
On se console avec une partie disputée par la Reine Fiona Mutesi . . . et un joli sacrifice de Dame (RxD suivi par Th4#).




2 mai 2016

Tout est bien qui finit bien avec W. Shakespeare



Etre, ou ne pas être, dans les Panama papers.
Oups !
Pardon.
Etre, ou ne pas être, . . . dans le Westminster Papers, telle est la question.

En 1872, le Westminster Papers (journal mensuel consacré au jeu d'échecs, Whist et autres jeux d'adresse), reçoit d'un lecteur bien intentionné une étrange liste.

En regard du nom de joueurs d'échecs se trouve une courte phrase sous forme de citation avec les références d'origine du texte . . . qui toutes sont issues de l'Oeuvre de Shakespeare. Et cette liste de joueurs d'échecs - soi-disant inspirés par notre dramaturge - compte les plus forts et les plus réputés joueurs connus à l'époque : Andersen, Blackburne, Boden, Macdonnell, Morphy, Staunton, Steinitz, . . .

On a coutume de dire à propos de la langue française que c'est la langue de Molière.
Pour nos voisins, l'anglais est la langue de Shakespeare.

C'est peu dire l'influence considérable de William Shakespeare (1564-1616), sur la langue et la culture anglo-saxonne, et même au-delà.

Ainsi, alors que nous célébrons le 400ème anniversaire de sa disparition, rappelons-nous qu'il a imaginé des expressions couramment utilisées de nos jours (on compte pas moins de 2000 mots ou expressions inventées par W.S.) :
Tout est bien qui finit bien
Briser la glace
La vérité nue 
Bon débarras
Attraper froid
Connaître des jours meilleurs

A propos, William Shakespeare était-il un joueur d'échecs ?

Comme tout ce qui concerne et entoure William Shakespeare, de son identité sexuelle (était-il homosexuel ?) à son identité tout court (variation de son patronyme), et même l'origine de son oeuvre (en est-il l'auteur unique ?), il est difficile d'affirmer quoi que ce soit.

Certes, une partie d'échecs est disputée entre Miranda et Ferdinand dans la comédie "La Tempête" (The Tempest - 1623). S'y ajoute le fait que cette partie est évoquée sous forme de calligramme (1).

Mais la toile de Van Mander (1603) est définitivement un tableau "authentiquement contemporain à Shakespeare" et rien de plus.

Il nous reste les contributions multiples et originales de la communauté échiquéenne pour tenter de créer un lien, comme cette partie imaginaire annotée par W.Shakespeare proposée au journal ChessLife en 1961, ou encore la fameuse liste . . . des Westminster Papers.



(1)
Calligramme : le texte est disposé en forme de dessin. Dans La Tempête, l'échange entre Miranda/Ferdinand puis Alonso/Ferdinand comporte 64 mots (casses de l'échiquiers) répartis en séries de 8 vers (rangées) et 2 x 32 mots (camp de chaque joueur).

Westminster Papers - 1872

Van Mander (1603) - Shakespeare period

Chessgame annotated by W.Shakespeare (created in 1961)
The Tempest - chess caligram created by William Shakespeare (1623)

12 avril 2016

En attendant le Mat avec S. Beckett



Samuel Barclay Beckett (1906 - 1989), écrivain, dramaturge irlandais - qui écrivait aussi en français - personnage engagé (médaillé pour son action dans la Résistance au cours de la Seconde Guerre mondiale), discret à l'extrême, père fondateur du Théâtre de l'Absurde, Prix Nobel de Littérature (1969), était aussi . . . un joueur d'échecs.

Il nait le 13 avril 1906 à Foxrock (Dublin) dans une famille bourgeoise protestante.

Entre 1923 et 1927, il fréquente le Trinity Collège. Il y apprends le français et l'Italien, la philosophie et s'adonne à la compétition échiquéenne !
En 1925, par exemple (1), il dispute et remporte la Coupe Armstrong, l'une des plus anciennes compétition par équipe au monde (qui débuta en 1888).

Samuel Beckett s'installe à Paris (dans le 15ème arrondissement rue des Favorites) en Janvier 1938.
La guerre s'installe en France l'année suivante.
Le 14 juin 1940, les Allemands entrent dans Paris.
Le 18 juin 1940, le Général de Gaulle lance son Appel depuis Londres.

De mi-juin à Septembre 1940 (2), Samuel Beckett et Marcel Duchamp sont réellement à Arcachon. 

Mais, comme le confirme l'article non publié (3) de l'artiste Andrew Hugill "Beckett, Duchamp and Chess in 1930's" qui s'intéresse aux liens entre le jeu d'échecs et l'exercice de leur Art par les protagonistes, les parties d'échecs disputées dans un café face au Bassin sont purement imaginaires ainsi que la non-rencontre avec Alexandre Alekhine.

L'intérêt - bien réel - de Samuel Beckett pour le jeu d'échecs s'explique en partie par la fascination qu'exerce la combinaison d'une grande liberté de création dans un espace confiné aux règles strictes. Autrement dit, l'attrait repose sur le paradoxe entre Liberté apparente et restrictions multiples. Les fins de parties quand à elles, illustrent la vie réduite à l'essentiel, une préoccupation minimaliste très présente chez notre artiste (Samuel Beckett refusera d'aller chercher son Prix Nobel de Littérature mais laissera son éditeur le recevoir pour lui).

Si Samuel Beckett est surtout connu pour ses pièces En attendant Godot (1952), Oh les beaux jours (1963), il est l'auteur de nombreux essais et romans.
Le premier d''entre eux, Murphy, sera publié en 1947 par les éditions Bordas après pas moins de 36 refus ! 

Le jeu d'échecs y occupe une place de choix avec une parodie - élevée au rang de perversion (4) - de partie d'échecs (un patient et un infirmier jouent dans un asile).
La partie est agrémentée de commentaires fantaisistes faussement techniques. Une fois de plus Beckett nous emmène dans l'absurde, aux frontières du non-sens, mais un peu plus au Sud vers le non-réel ou l'absence de sens . . . de la vie.


Armstrong Cup 1925
Samuel Beckett at board n°4 with Trinity College (Dublin University) against the Army (G.H.Q. Chess Club)




(1) Army magazine  
An t-Oglach vol.3 n°24  28 novembre 1925
(2) Beckett, Duchamp and Chess (1940 à Arcachon)
(3) Mais accessible sur le net  Beckett, Duchamp, and Chess in 1930'
(4) Echiquiers d'encre : le jeu d'échecs et les lettres (19è et 20è siècles) par Jacques Berchtold.


1 avril 2016

La FFE récompensée par Macron




Il aura fallu 10 ans !

Rappelez-vous.
En 2016, la FFE (Fédération Française des Echecs) est au bord du précipice, son Président est destitué au cours d'une AG, les fonds propres sont négatifs à hauteur de 100 KE et les besoins évalués à 400 KE.

Très vite, une petite équipe se mobilise, s'installe au fonds d'un garage pour organiser des "brain storming", et propose un projet entièrement novateur.

En s'appuyant sur la technologie de la start-up spécialisée en IA (Intelligence Artificielle) "Tout-e-Net", un robot est conçu pour occuper les fonctions de Direction et d'Administration de la Fédération.

Ce robot utilise la technologie du deep learning qui a permis en 2016 à l'ordinateur AlphaGo développé par Google de surpasser l'être humain au jeu de Go.

Partant du constat que l'ordinateur Deep Blue de IBM avait déjà battu Kasparov, et qu'à présent l'Intelligence artificielle permettait de supplanter l'homme dans les domaines de compétence qui lui sont habituellement dévolus, comme la capacité à organiser ou à prendre des décisions, la petite équipe au service de la FFE créa le Robot Mat-en-1.

Et ce fût une réussite.
Dès 2017, les comptes de la FFE étaient équilibrés. En 2018, les fonds propres étaient reconstitués.

On connait la suite.
Le Robot Mat-en-1 fut proposé aux entreprises et aux gouvernements.
Le Ministre Emmanuel Macron utilisa la version Mat-en-2 pour se faire élire Président en 2017.
La version Mat-en-3 achetée par l'Union Européenne permis à la fois d'éliminer DAECH et de résoudre la crise migratoire.
En 2020, toutes les sociétés du CAC 40 utilisent la version Mat-en-8 procurant à la FFE de confortables revenus issus des licences d'utilisation.

Pour ses 10 ans, Mat-en-1 qui est toujours en fonction est fier d'afficher 1 milliard d'euros de bénéfices. La FFE est le premier sponsor du Football européen (les droits de retransmission TV ayant été raflés au nez et - surtout - à la barbe du Qatar, l'année passée).

En France, chaque enfant reçoit un ordinateur pour apprendre à jouer aux échecs le jour de son 6ème anniversaire. On compte 15 millions de licenciés (qui paient 1 euro par an leur licence).

Ce Vendredi 1er avril 2026, Emmanuel Macron, Président de la République française remettra la Légion d'Honneur à Mat-en-1. Ce sera la première fois que cette distinction est remise à un non-humain !

NOTA
Seuls bémols :

Mat-en-1 fait chaque année au 1er avril le même canular stupide en proposant de renommer le Mat du Berger en Mat du Loup (on redoute une forme d'Alzheimer numérique).

Mat-e-Uno, le modèle Corse conçu pour la Ligue fait presque pareil en proposant de renommer le Mat de l'écolier en Mat Corse (c'est le Mat qui demande le moins de mouvements).

Mat-en-99 conçu spécialement pour permettre à l'ex-président François Hollande de se décider à épouser Julie Gayet et lui demander sa main est en échec complet. Les ingénieurs se penchent sur ce mystère.

27 mars 2016

FFE : Diego Salazar crucifié ! Léo Battesti ressuscité ?



Week-end de Pâques des plus ordinaires dans le microcosme échiquéen.

L'assemblée générale de la FFE qui s'est tenue ce samedi 26 mars a été l'occasion - à nouveau - d'une série de coups de théâtre. 

Le rapport moral soumis au vote a été rejeté.
Puis, le rapport financier a lui aussi été rejeté.

Dés lors, l'assemblée pouvait-elle poursuivre l'ordre du jour  ?
Difficilement.
Et, effectivement, une motion de révocation du Président - Ad nutum - a été proposée, soumise au vote et . . . adoptée !!!

Diego Salazar, déjà élu par l'effet d'une intervention divine en 2013 - à l'issu d'une campagne électorale longue et riche en attaques Ad hominem - est destitué.

Que s'est-il passé ?
Pourquoi cette décision brutale ?

D'une certaine façon, le résultat de la campagne électorale de 2013 n'a jamais été totalement accepté par la partie vaincue et il n'est pas faux de dire que le mandat de Diego Salazar a été effectué sous haute surveillance, voire suspicion quasi permanente de tous ses faits et gestes.

La campagne électorale fût épique.
Relire les arguments des uns et des autres, 3 ans plus tard, est savoureux.

Rappelez-vous !
Lorsque Jean-Claude Moingt après 2 mandatures réussies passe la main à Henri Carvallo, tout le monde s'accorde à trouver ce passage naturel et bienvenu (On prête à JCM le projet de rejoindre la liste de DSK aux élections présidentielles ce qui explique qu'il écourte son mandat à la FFE). Henri Carvallo a déjà un château dont il s'occupe beaucoup et tout le monde comprends qu'il est Président pour rendre service.
Tutti va bene.
Le passage de bâton s'organise pour permettre à Léo Battesti, vice-président, d'accéder aux commandes en 2013. 
Cette mécanique automatique soulève quelques critiques. Critiques qui mènent à la création d'une liste concurrente.
Mais bon, soyons clair, concurrente mais SANS AUCUNE CHANCE !
On se réjouit de voir la démocratie exister. On remercie presque Diego Salazar d'incarner cette démocratie avec sa "drôle" de liste.

Rien ne se passe comme prévu.
Le programme de Léo Battesti est trop. Trop pro. Trop puissant. Trop ambitieux, peut-être.
Trop incarné par une personne, sans doute. Des piques sont lancées. Elles se transforment en attaques. Rien ne les arrêtera.
Les déçus de tous poils (1) pour des raisons personnelles, circonstancielles ou artificielles, se désolidarisent.


De son côté, Diego Salazar crée la surprise.
Il multiplie les promesses, séduit l'un, puis l'autre. 
On voit tomber dans ses filets des têtes connues (1) (= Aurélie Dacalor qui claquera la porte plus tard et signera une lettre ouverte saignante, André Clauzel). 
Certains en déduisent qu'il a raison ou plus prosaïquement . . . que c'est le bon cheval !
Une chose invraisemblable se produit, alors : une sorte de "pyramide de Ponzi" faite de promesses absurdes se met en place. Chaque promesse, aussitôt avalée, digérée, est suivie par une promesse encore plus forte, épatante. La promesse d'1 million d'euros (pour la formation) - digne d'un canular du 1er Avril - constitue un record dans le genre et un point culminant de la campagne.

Elle est accompagnée par la promesse de créer les fameux "Agents de développement", une invention de la "cellule de développement" laquelle allait jusqu'à auto-proclamer son projet le futur "Diamant" de la FFE . . .

C'est dire à quel point l'enthousiasme des uns débordait dans l'irrationnel.
Et quand l'irrationnel est élu, on se réveille 3 ans plus tard avec une montagne de dettes (2).

Bienvenu dans le monde réel, ami lecteur.
Diego Salazar fait connaissance avec le principe de Peter.
A la télévision, Léo Battesti décline l'idée de prendre la relève (France 3 Via Stella le 19-20)

N'oublions pas ce juste commentaire trouvé sur votre Forum préféré : le pire peut encore arriver.

(2)
Le rapport financier fait état d'un déficit de 170.00 euros contre un bénéfice prévisionnel de 39.000. Grand écart de 209.000 euros.
La perte et son importance trouve des justifications en partie exceptionnelles (indemnités de départs 69 K), mais essentiellement liées à un Prévisionnel trop optimiste (plusieurs Recettes non atteintes, parfois non réalisées à 100%).
Plus grave, c'est le 23 mars, soit 3 jours avant l'AG que les Présidents de Club ont eu connaissance du Rapport de la Commission de Contrôle économique et de gestion qui fait état de Fonds propres négatifs à hauteur de 100.000 euros (en précisant que l'estimation est là aussi optimiste et devrait être portée à 200.000 euros). Un rapport tardif et calamiteux qui a sérieusement entamé la confiance placée par les Clubs dans leur dirigeant.



2 mars 2016

Quand Marcel Duchamp était professeur d'échecs



Marcel Duchamp (1887-1968) était complètement dada (1) du jeu d'échecs.

Resté célèbre pour sa Fontaine (2), Marcel Duchamp était peintre, plasticien, artiste au plus profond de son âme, équilibriste à l'occasion (voir photo). Ami et complice de Picabia et Man Ray, il a exercé une influence majeure sur l'art contemporain minimaliste, conceptuel, et même corporel. Il influence et inspire des courants divers, du Pop Art au Néo-Dadaïsme.

André Breton  le voyait comme "l'homme le plus intelligent du siècle", 

Et le dada de notre Dadaïste ?
Le jeu d'échecs !

Excellent joueur, Champion de Haute-Normandie en 1924, participant au Championnat de France (il réalisa l'affiche de 1925), membre de l'équipe de France aux Olympiades.

En 1918, le voilà sculpteur de pièces d'échecs.
En 1932, il publie "l'opposition et les cases conjuguées sont réconciliées".
En 1933, il traduit "Comment il faut commencer une partie d'échecs".

Publier et/ou traduire un livre, est-ce suffisant pour être professeur ?
Non.
Certes, Marcel Duchamp a déclaré que le jeu d'échecs est l'école du silence (3).
Mais, est-ce suffisant pour être reconnu comme professeur d'échecs ?
Non.

On apprends au détour d'un article de la presse régionale que Marcel Duchamp avait un copain au Lycée Pierre-Corneille à Rouen, Ferdinand Tribout, et que Marcel s'est mis en tête de l'initier aux échecs. Pour arriver à ses fins, Marcel prend un couteau, lacère la table pour créer un échiquier et met un peu de peinture pour les cases noires.
Et voilà notre professeur d'échecs !
La table existe toujours et a été retrouvée.
On imagine à peine ce qui se serait passé si Marcel avait voulu créer un échiquier . . . mural.

Marcel Duchamp nous laisse une déclaration célèbre (banquet de l'association d'échecs de New-York, en 1952) : 

"Objectivement, une partie d’échecs ressemble beaucoup à un dessin à la plume, avec cette différence que le joueur d’échecs peint avec les formes blanches et noires déjà prêtes [allusion au ready made], au lieu d’inventer des formes comme le fait l’artiste. Le dessin ainsi élaboré sur l’échiquier n’a apparemment pas de valeur esthétique visuelle, et ressemble d’avantage à une partition de musique, qui peut être jouée et rejouée. Dans les échecs la beauté n’est pas une expérience visuelle comme en peinture. C’est une beauté plus proche de celle qu’offre la poésie ; les pièces d’échecs sont l’alphabet majuscule qui donne forme aux pensées ; et ces pensées, bien qu’elles composent un dessin visuel sur l’échiquier, expriment leur beauté , comme un poème. En fait, je crois que tout joueur d’échecs connaît deux plaisirs esthétiques mélangés : l’image abstraite apparentée à l’écriture, et le plaisir sensuel de l’exécution idéographique de cette image sur l’échiquier. Mes contacts étroits avec les artistes et les joueurs d’échecs m’ont induit à conclure que, si tous les artistes ne sont pas des joueurs d’échecs, tous les joueurs d’échecs sont des artistes".

Nous terminons par une partie d'échecs disputée en 1923 contre Edgar Colle (sextuple Champion de Belgique et inventeur du système Colle).

(1)
Le mouvement Dada - intellectuel, littéraire, artistique - fête ses 100 ans.
Avoir un dada = avoir une idée fixe, une manie, un hobby.
(2)
(3)


Marcel Duchamp et Man Ray (1924) Toit du théâtre des Champs-Elysées 

2 février 2016

La Marquise de Sévigné ou le jeu d'échecs à la lettre



La Marquise de Sévigné est née à Paris, au n°1 de la place Royale (rebaptisée place des Vosges en 1800) dans l'Hotel de Coulanges, le 5 février 1626.

Le France est engagée dans la guerre de Trente Ans (1618-1648).
En juillet 1627, une flotte anglaise composée de 100 navires et 6.000 soldats débarque à l'Ile de Ré, défendue par 1.200 fantassins. Vauban n'a pas encore construit ses fortifications et le combat à 1 contre 5 est inégal mais les français résistent. 
Le 22 juillet, le père de notre marquise meurt au combat.

En 1633, elle fête ses 7 ans et devient . . . orpheline (sa mère décède à l'âge de 30 ans).

Elle est recueillie par son grand-père Philippe de Coulanges . . . qui meurt en 1636.
Ce qui l'amène à vivre ensuite avec . . . Philippe de Coulanges (fils aîné du grand-père).

En 1641, elle perd sa grand-mère maternelle, fondatrice de l'Ordre de la Visitation de Sainte-Marie avec saint François de Sales (Elle sera canonisée en 1767 et est connue comme sainte Jeanne de Chantal).

En 1644, après tous ces décès, elle épouse un breton de bonne famille, Henri de Sévigné. De bonne famille mais totalement infidèle. Il meurt d'ailleurs au cours d'un duel, en 1651.

Notre marquise est veuve. Elle a 25 ans.
Mais déjà 2 enfants, Françoise (née en 1646) et Charles (né en 1648).

En 1669, Françoise épouse un François.
Ce dernier, Gouverneur de Provence, habite le château de Grignan dans la Drôme (ce palais renaissance est aussi appelé petit Versailles ou Versailles du Midi).

En 1671, Françoise part vivre à Grignan. Cette séparation va servir de déclencheur. Notre Marquise va écrire à sa fille pendant 25 ans à raison de 2 à 3 lettres par semaine !
Elle devient ainsi l'épistolière la plus renommée de tous les temps. 

Ami lecteur, tu t'interroges. Quel rapport avec le jeu d'échecs ?
Nous y venons.

Cette formidable correspondance a été éditée.
D'abord, 28 lettres en 1725.
Puis, 614 lettres entre 1734 et 1737.
Ensuite, 772 lettres en 1754.
Il existe 1.120 lettres connues !

Que nous apprennent ces lettres ? 
Outre l'extraordinaire témoignage sur l'époque, le badinage, les rapports sociétaux, les moeurs, . . . etc, notre Marquise confie sa passion pour le Noble jeu, affirmant même à l'occasion "j'ai toujours les échecs dans la tête".

Extrait
Lettre du 7 février 1680 à sa fille
Il est donc vrai, ma fille, que vous jouez quelques fois aux échecs : pour moi, je suis folle de ce jeu, et je voudrais le savoir comme mon fils ou comme vous; c'est le plus beau et le plus raisonnable de tous les jeux, le hasard n'y a point de part : on se blâme et l'on se remercie, on a son bonheur dans sa tête.( . . . ) Je ne vois point de trois ou quatre coups ce qui arrivera ( . . . ) Tout le monde y jouait à Pomponne lorsque j'y étais en dernier lieu.

Elle ajoutait ces vers en marge :
"Tant de prudence entraine trop de soin,
Je ne saurais prévoir un échec de si loin."

On recense plus de 12 métaphores (1) liées au jeu d'échecs dans ses lettres.


(1)
Les jeux à la Renaissances : actes du XXIIIè colloque international d'études humanistes (1980).

24 janvier 2016

Interdiction de jouer aux échecs



Au fil des siècles, l'interdiction de jouer aux échecs a été prononcée par des autorités religieuses ou politiques. Et à chaque fois, cette interdiction a provoqué un effet contraire avec un engouement marqué pour notre discipline.

L'initiative la plus récente est à mettre au compte du Grand Mufti d'Arabie Saoudite, le Cheikh Abdulazziz Bin Abdullah qui a lancé une Fatwa sur le Noble jeu en ce début d'année 2016.

Rassurez-vous !
Il existe des Fatwas sur un peu tout ce qui bouge (musique Pop, par exemple), et même sur ce qui ne bouge pas, comme les bonshommes de neige (Libération : Janvier 2015) !

Cette décision ne remet pas en cause l'enseignement du jeu d'échecs dans le pays, en particulier à l'Academy de KAEC, la ville à 100 milliards de dollars voulue par le Roi Abdallah (voir illustration du compte Facebook).


Chess at school - KAEC Academy (Saudi Arabia)

* * * 

Il est impressionnant de relever que les motifs avancés pour cette décision sont exactement les mêmes que ceux énoncés par l'Eglise Catholique en 1212 (Concile de Paris), puis par Saint Louis en 1254 (Grande ordonnance). Qualifié de jeu de hasard (qu'il n'est pas), mais aussi de perte de temps et d'argent, l'autorité qui prononce l'interdiction stigmatise à nouveau notre discipline qui fait appel au raisonnement logique, encourage l'effort et l'acquisition des connaissances, stimule le Libre arbitre.

Dans la foulée de l'interdiction Chrétienne du Moyen-âge, l'Histoire a surtout retenu les travaux du moine Dominicain Jacques de Cessoles (1260-1322). Ses sermons, compilés, illustrés et édités par la suite sous le titre "Les échecs moralisés", utilisent le jeu d'échecs pour expliquer l'ordre de la société. Tout en précisant les règles du jeu, l'ouvrage va servir de base à l'instruction civique des nobles, des clercs, des bourgeois et des étudiants. Deux siècles durant, le succès du livre sera phénoménal !

Autre interdiction, celle prononcée en 1796 par le Directoire qui fera fermer le Cercle d'échecs de Paris, installé au Café de la Régence, et trop associé à la noblesse.
Interdiction de courte durée puisque en 1804 Napoléon autorise à nouveau la pratique du jeu.

L'Histoire retiendra que le Café de la Régence déjà fréquenté par Philidor et les Lumières (Rousseau, Diderot), mais aussi Alfred de Musset ou encore Benjamin Franklin, Paul Morphy, . . .. . a ensuite connu un âge d'or jusque 1850. Et dès 1850, le jeu est normalisé (style Staunton), les premières compétitions internationales débutent.

Par conséquent, ami lecteur,
il faut dire MERCI au Grand Mufti. 

On ne va pas se quitter comme ça.
Un petit air de musique totalement décadent mais follement entrainant, en accompagnement de "l'attraction fatale", une très jolie partie disputée en 1912 par Edward Lasker (probablement un parent du Champion du Monde Emmanuel Lasker) qui démontre à l'envi que le jeu d'échecs est une discipline d'une extraordinaire beauté mathématique, d'une inventivité magique, et d'une logique implacable.